
Je dois vous parler ici d'un sujet grave qui me touche directement. Une loi des séries pousse les portes à se refermer quand je veux sortir ou entrer quelque part. Je suis en effet restée enfermée dehors ou dedans 3 fois depuis novembre 2006. Je vous relaterai ces mésaventures un de ces triste jours ou ma muse sera en grêve. Mais ce qui me pousse à écrire à ce sujet aujourd'hui, c'est que cette terrible malédiction touche maintenant ceux que j'aime. Enfin pour l'instant celui que j'aime. En effet la semaine dernière, mon pauvre Norbert en a été l'innocente victime.
Arrivé le vendredi soir pour passé le week-end à A., Norbert passait une bonne soirée chez moi. Vers 21h30, le vin de Cahors ingurgité plus tôt poussa mon chéri à prendre la direction des toilettes. Cependant, en fermant chastement la porte à clef, un "clac" se fit entendre au niveau du verrou : le système avait cassé net.
On tourna avec impuissance la clef dans la serrure, on démonta la poignée, on la remonta... impossible de faire bouger le fichu verrou. On ne pouvait même pas le voir ni l'atteindre entre le linteau et la porte car ceux-ci se recouvraient l'un l'autre (de mon côté la porte passait devant le linteau, du côté de Norbert le linteau passait devant la porte).
Je cherchais donc dans l'annuaire des serruriers, aucun ne répondait (même ceux où il était précisé "Service 24h/24"... tous des pourris.). J'appelais donc la gendarmerie pour connaître le numéro du serrurier de garde (à 22 heures un vendredi soir, on faisait assez fort je dois dire). Il me donnèrent le numéro d'un serrurier que j'avais déjà appelé et qui avait laissé son portable soigneusement éteind. Puis ils me dirent de faire sauter le verrou en le trifouillant entre la porte et le linteau. Comme j'avais déjà fait tout cela et qu'ils manquaient d'imagination, ils racrochèrent, pour aller sauver la veuve et l'orphelin sans doute.
Moi j'avais un Norbert à sauver, je décidais donc d'appeler les pompiers. La pensée de mon chéri obligé de dormir roulé en boule sur le tapis de douche, recouvert par une serviette de bain en attendant qu'un serrurier ouvre, m'était insuportable. Ceci dit, il avait un lavabo et des chiottes, et je pourrais toujours lui glisser un bounty sous la porte s'il avait faim. Il n'était pas mort, mais moi j'avais envie de faire pipi, la fin justifiait donc les moyens.
En ligne avec un adorable agent du SDIS, je lui détaillais donc le problème. Il me dit que la porte souffrirai quelque peu (la hache n'est pas une solution délicate mais en l'occurence c'était la seule qui me restait) et que le service serait certainement facturé. Cela ne me dérangeait pas, de toute façon je comptais bien faire payer l'agence de location immobilière (ils sont habitués, tout se casse ici). Et puis voir débarquer des beaux pompiers alors que j'étais en nuisette, chaussons-vache au pieds, me laissait rêveuse ;).
Alors que je précisais l'adresse au charmant jeune homme, un énorme bruit me fit sursauter, la porte claquant contre le mur, la poignée trouant le plâtre et un bout de linteau traversant la pièce. "Heu... en fait c'est bon, désolée pour le dérangement. Merci et bonne soirée !"
Je sautais dans les bras de mon pauvre Norbert, impressionnée par son instinc de survie et conquise par sa force surhumaine.
Il avait vaincu la malédiction de la porte fermée.